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26 décembre 2015 6 26 /12 /décembre /2015 19:20
Composition vraquée...

Encore une fois le mois allait s'esquiver sans que j'aie pris le temps de déposer ici quelque bribe censée assigner en surface un peu de cette matière souterraine ‒ réflexions, songeries, longs discours qu'intérieurement je me tiens en continu sans que jamais le silence se fasse... ‒ qui se meut continument sous mon crâne, à laquelle manque cruellement un volcan qui lui livrerait passage. Elle reste là dans les tréfonds, en dépit d'incandescences éblouissantes qui parfois la traversent quand tout d'un coup un nœud se défait, des connexions s'établissent d'où saille une ébauche de réponse à l'une ou l'autre question que je me posais. La substance abonde, et la fulgurance incitative, qui devraient susciter une écriture frénétique. Mais non. D'ailleurs, peut-être est-ce justement la pléthore qui désertifie, l'aridité de la page pouvant être imputée à la suffocation des phrases dans leur propre prolifération...

Là où le fragment abrupt et totalement décontextualisé semble s'imposer parce que seul apte à porter le sens que j'entends exprimer, j'ajoute, rajoute, développe... et m'embourbe dans des tentatives de plus en plus malheureuses au fur et à mesure qu'elles se succèdent. Chaque fois que je me risque à l'extrême abrasion phrastique aussitôt je me repens et reformule jusqu'à ce point critique où la dilution par ajouts s'achève par un tel alourdissement d'ensemble que se noie en lui-même ce qui aurait dû être signifié. Alors j'efface: annihiler plutôt que noyer.

Et si, au moins pour cette page, je faisais du mélange improbable, du vrac sans cohésion, une bouée de sauvetage? Voyons... il y aurait des relents d'enfance, consécutifs à la sortie de dernier album d'Astérix, Le Papyrus de César ‒ mais, touchant au petit monde de l'édition et à ses pratiques plus ou moins honnêtes, à la question de la mémoire, au mode de transmission, opposant l'écriture à la tradition orale, il m'emmène en des sphères excédant de beaucoup la remémoration nostalgique. C'est trop pour ne rédiger qu'un petit élément compositionnel. Un livre aussi, juste achevé, acquis à l'improviste voici trois semaines quand je n'entrai dans la librairie-papeterie où je l'ai acheté que pour me procurer une enveloppe de format A4 ‒ mais là encore, son sujet, ce qui m'a poussée à l'achat et, désormais, ce que j'y ai trouvé en le lisant imposent que j'écrive pour lui un texte isolé. Et enfin, quantité de petites pensées concernant la photo.

Du vrac initialement médité il ne restera qu'une partie de ces dernières: commençant à écrire c'est autour d'elles que j'ai finalement attaché les propos qui se tenaient le mieux ‒ à mes yeux s'entend...

25 décembre. Voies photographiques

Une fois de plus, j'ai arpenté quelques rues parisiennes avec le projet bien arrêté de "faire des photos" suivant une thématique elle aussi bien arrêtée: profiter de la fermeture des boutiques pour photographier des devantures sans me heurter aux protestations des commerçants. Les décors imaginés à l'occasion des fêtes de fin d'année offrent de foisonnants spectacles que transcendent encore les jeux de réverbérations ordinaires des parois vitrées augmentés, là, de ceux induits par les innombrables ornements scintillants ou transparents qui font brasiller les moindres clartés venues les frapper. Du pain bénit photographique...et d'ailleurs, pas plus tard que la semaine dernière, j'avais marqué de longs temps d'arrêt devant plusieurs de ces vitrines, non pas hypnotisée par les articles qu'elles mettaient en valeur mais rêvant à la manière dont je pourrais, munie de l'un ou l'autre de mes boîtiers, tirer parti des compositions que je scrutais. J'entrepris donc de retrouver ces boutiques mais, curieusement, une fois atteinte ma destination, ce qui m'avait accaparée quelques jours auparavant avait perdu tout attrait: je ne voyais plus rien qui méritât une recherche de cadrage, une patiente mise au point... J'ai laissé mes boîtiers dans leur sacoche ‒ bredouille, une fois de plus? Allons, il suffit d'aller ailleurs marcher... J'ai donc poursuivi ma balade hasardée, et en effet d'autres décors que ceux visés m'ont finalement inspiré quelques images. Mais je suis rentrée sans avoir vécu le moindre de ces surgissements qui, en plus de motiver une, voire plusieurs, prise(s) de vue, me laissent longtemps sous le charme d'un émerveillement ‒ un mot auquel je donne un coup d'italiques, histoire de lui insuffler un peu du sens magique qu'il a pour moi dans ces circonstances-là, et seulement dans ces circonstances-là. Point de charme donc. Quelques photos néanmoins, dont je ne retiens qu'une, insérée ci-dessous:La petite robe rouge pour paraphraser Guerlain...

"Lorsqu'on veut vraiment faire une photo, il y a toujours un moyen", a dit en substance l'artiste photographe Thierry Volpi à l'occasion d'une mémorable rencontre organisée à l'intention de ses membres par l'association Photovision France et sur laquelle je m'impose de revenir plus longuement tant elle a été pour moi riche d'enseignements. Depuis, cette affirmation me tient lieu de balise: les obstacles, quand ils sont techniques, se surmontent toujours, fût-ce au prix de quelques contorsions ‒ plus question pour moi de les brandir comme prétexte à mes renoncements; je me dis même que ces "os" techniques devraient au contraire m'apporter un surcroît de motivation et stimuler ma pratique en requérant des efforts particuliers pour les rendre inopérants. Reste qu'il y a des empêchements plus obscurs, dont on n'a pas conscience et que l'on attribue, de ce fait, à un manque de maîtrise technique, à de mauvaises conditions extérieures ou encore à la faiblesse d'un matériel prétendument inapproprié alors que l'impossibilité de photographier qu'ils provoquent n'a, en réalité, d'autre humus que de sombres nodosités intérieures.

Une fois ceci compris, reste à passer outre ces goulets d'étranglement...

Ces mannequins aux visages sans traits qui habitent les devantures ‒ et sont parfois dépourvus de tête, devenant alors plus dérangeants ‒ me fascinent... Outre que les regarder à travers la vitre revient à se tenir sur un seuil interdit que l’on ne s’autorise pas à franchir sans pour autant se résoudre à s’éloigner, persistant à s’immobiliser là, dans l’entre-deux, en un point d'équilibre précaire et déstabilisant, les dispositifs d’éclairage que les décorateurs installent accentuent encore leur inquiétante étrangeté intrinsèque. Sitôt vue, cette créature bien carrée dans son fauteuil grand style, à la posture hiératique et aux formes parfaites valorisées par sa magnifique robe de soirée mais si curieusement étêtée, comme guillotinée puis rappelée d'entre les morts, m’a arrêtée et je n’ai pas quitté l’endroit avant d’avoir pris deux ou trois photos. Lorsque plus tard j’ai visualisé ma petite collecte tout d'un coup sur l’une d’elles je me suis avisée qu'il y avait un mince trait blanc ‒ un bête reflet dont je n’avais pas eu conscience à la pise de vue tant j’étais rivée sur cette femme sans tête ‒ flottant bizarrement là même où se serait trouvée la bouche s’il y avait eu un visage, tel un sourire ; ce trait pouvait tout aussi bien évoquer le fil clair d'une cigarette que tiendraient des lèvres absentes. Alors j'ai foncé l'image jusqu'à ce que l'obscurité absorbe totalement les vagues formes sur lesquelles se détachait la teinte claire du bois verni. Le trait lumineux s’est aiguisé, aiguisé encore tandis que l’ombre densifiée rendait évidente – oserai-je écrire nécessaire? – la présence d’une tête invisible. Et c’est, in fine, un spectre que j’ai convoqué…

Ces mannequins aux visages sans traits qui habitent les devantures ‒ et sont parfois dépourvus de tête, devenant alors plus dérangeants ‒ me fascinent... Outre que les regarder à travers la vitre revient à se tenir sur un seuil interdit que l’on ne s’autorise pas à franchir sans pour autant se résoudre à s’éloigner, persistant à s’immobiliser là, dans l’entre-deux, en un point d'équilibre précaire et déstabilisant, les dispositifs d’éclairage que les décorateurs installent accentuent encore leur inquiétante étrangeté intrinsèque. Sitôt vue, cette créature bien carrée dans son fauteuil grand style, à la posture hiératique et aux formes parfaites valorisées par sa magnifique robe de soirée mais si curieusement étêtée, comme guillotinée puis rappelée d'entre les morts, m’a arrêtée et je n’ai pas quitté l’endroit avant d’avoir pris deux ou trois photos. Lorsque plus tard j’ai visualisé ma petite collecte tout d'un coup sur l’une d’elles je me suis avisée qu'il y avait un mince trait blanc ‒ un bête reflet dont je n’avais pas eu conscience à la pise de vue tant j’étais rivée sur cette femme sans tête ‒ flottant bizarrement là même où se serait trouvée la bouche s’il y avait eu un visage, tel un sourire ; ce trait pouvait tout aussi bien évoquer le fil clair d'une cigarette que tiendraient des lèvres absentes. Alors j'ai foncé l'image jusqu'à ce que l'obscurité absorbe totalement les vagues formes sur lesquelles se détachait la teinte claire du bois verni. Le trait lumineux s’est aiguisé, aiguisé encore tandis que l’ombre densifiée rendait évidente – oserai-je écrire nécessaire? – la présence d’une tête invisible. Et c’est, in fine, un spectre que j’ai convoqué…

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commentaires

Landier Michel 30/12/2015 09:46

Une. Forme d'écriture que j'aime proche du songe et qui me fait rêver ! Merci d'exister Isabelle Roche et bonne année 2016

Yza 01/01/2016 18:52

Merci à vous, cher internaute, de passer ici et de vous y être arrêté le temps de déposer ces quelques mots qui me vont droit au cœur. Ils m'incitent à continuer, quand les doutes et les renoncements se font plus pressants de jour en jour. Je vous souhaite, à mon tour, une belle et bonne année 2016.

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  • : Terres nykthes
  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
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  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui

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