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12 novembre 2015 4 12 /11 /novembre /2015 18:10
Le sillon vire à l'ornière

Poussant enfin du coude les glus du silence, quelques phrases qui sonneront comme une antienne, un je-tourne-en-rond sempiternellement répété. Peut-être parce que, proie d'une sourde superstition, je crois aux vertus propitiatoires de pareille antienne?

Ô depuis si longtemps s’est amorcée une étrange perdition, dont je crois sortir à chaque nouveau matin qui se lève et dont, le soir venu de chacun de ces matins, il me faut bien convenir que je continue de m’y noyer. Sa pente augmente, de plus en plus glissante. Tandis que les foyers de glace fondent de par le globe, la faute en étant au réchauffement généralisé, la banquise qui enserre mes terres intérieures et gèle dans le silence du renoncement toute chose que je pourrais songer à textualiser, à photographier, elle, croît, se densifie, froidit aussi… je me retire de plus en plus loin de ce qui relève du «faire» personnel, m’en détourne avec de plus en plus de facilité, mais persiste néanmoins le besoin de laisser fuiter la pulsion scripturale et, sans «écrire», fût-ce avec COD, comme en témoignent ces Nykhtées désertées, je la satisfais en me répandant à la moindre occasion: moi qui hais les «forums» je sévis ici ou là à la faveur d’une opinion à donner, je fioriture des messages strictement utilitaires qui ne requièrent aucune élégance de langage (réclamations diverses, accusés de réception d’une commande, demandes d’informations, etc.). Cela ne suffit pas, et je reconnais là le faux-fuyant; je sais, sans pour autant pouvoir agir, que subsiste en moi comme un cri étouffé – un logos chaotique, de plus tout innervé d’images, s’entête à se mouvoir, et se tord sans que se fissure la gangue glaciaire, comme une bouche hurlante s’ouvre grand sans qu’en sorte le moindre son.

C’est une obscure terreur qui me glace et me paralyse de jour en jour davantage malgré que, par tentatives éparses telle celle-ci, je tente de la poser hors de moi en écrivant. Je la sens aux aguets et tâche de la tenir à l’écart grâce aux exigences de mon travail, dans lesquelles je me réfugie comme en un salutaire abri – ce travail qui me voue aux textes des autres, que j’accomplis avec tout le soin dont je me sens capable et pour lequel dit-on j’ai quelque disposition. Étrange refuge en vérité car je n’y suis pas moins qu’ailleurs prémunie contre l’erreur; en outre commettre des fautes – opérer une correction inappropriée, ne pas voir toutes les coquilles, etc. – a des conséquences bien plus graves que n’en aura jamais un ratage concernant l’une ou l’autre de mes petites productions personnelles: non seulement l’œuvre d’un écrivain en est gâtée mais, au-delà d’elle, l’éditeur qui la publie encourt le discrédit pour avoir livré passage à un texte exagérément fautif. Faire simplement mon travail, et simplement parce que je suis, comme la plupart des êtres humains, ouverte aux quatre vents de l’erreur, est donc bien plus risqué que de scripturer dans mon coin ou de griller de la pellicule – ce qui après tout, n’engage que ma fierté minuscule, autrement dit fort peu de chose. C’est pourtant ce travail, où la terreur de me tromper et de faillir m’habite sans répit, m’envahit davantage au fur et à mesure que je l’exerce, que je tends devant moi comme un paravent, quand prendre mon appareil photo ou jeter quelque paragraphe ici me plonge toujours plus profondément dans un vertigineux sentiment d’insécurité comme si, au lieu d’un accomplissement – qu’il soit ou non épanouissant ‒ m’attendait au bout du geste la plus grande vulnérabilité…

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Publié par Yza - dans Apartés
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  • : Terres nykthes
  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
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  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui

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