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22 septembre 2015 2 22 /09 /septembre /2015 14:20
Pour dire. Tâcher de... essayer...

Voici déjà une semaine, le jeudi 17 septembre, je retrouvai Marie-Annick pour une petite virée au vernissage de la Biennale 109 – l’événement, qui réunit cette année 49 peintres et 28 sculpteurs, consacrés et émergents mêlés, en est à sa dix-septième édition ; la Biennale se tient à la galerie de la Cité Internationale des arts, 18 rue de l'Hôtel de Ville à Paris (la galerie est ouverte tous les jours de 12 heures à 19 heures, nocturne le 23 septembre jusqu'à 21 heures). Elle par envie de sentir souffler le vent de l’expression plastique au plus vif de son actualité – démarche naturelle à tout artiste – et avec en tête, à ce que j’ai compris, de vagues intentions de densifier ses réseaux afin de développer quelques projets professionnels dont elle entrevoit les contours. Et moi pour saisir au vol une opportunité de passer un moment en sa compagnie, surtout pour l’entendre évoquer de vive voix l’exposition qu’elle prépare – elle présentera des dernières créations textiles en novembre, à la bibliothèque de la mairie du 7e arrondissement –, les deux stages qu’elle a organisés cet été, le calendrier de ses cours pour l’année qui débute…

Nous avons finalement passé assez peu de temps dans les salles – il y avait foule, mais de toute manière, contempler les œuvres comme chacune l’eût mérité était impossible tant il y avait de disparate dans les travaux exposés; j’avais pour ma part l’impression de subir un affreux brouhaha visuel d’où presque rien n’émergeait – et sommes allées poursuivre notre conversation autour d'une table d'un merveilleux salon de thé du Marais, L’Ébouillanté (où je n'étais jamais entrée mais que je connaissais bien de vue pour avoir souvent médité en longeant sa devanture à quelque photographie à prendre, jamais prise, évidemment!).

Je suis assise face à la fenêtre. À travers la vitre, je vois la lumière changer, s'aiguiser d'abord au fur et à mesure que le vent disperse les nuages jusqu'à en débarrasser complètement le ciel puis lentement décliner tandis que l'heure avance. Je suis pleinement dans l'échange mais, en même temps, une petite part de moi reste rivée aux mutations de la lumière. Étrange posture flottante; c'est une «impression du soir» singulière qui est venue se nouer avec une flottaison analogue, antérieure de quelques jours, éprouvée pareillement au crépuscule d'une journée tout agitée de turbulences météorologiques [dont je ne puis qu'aujourd'hui, entraînée le long de cette évocation d'une retrouvaille amicale, retrouver la matière textuelle; pure reconstruction a posteriori, évidemment: presque rien de tout cela n'a déferlé à L’Ébouillanté! Là-bas j'étais bien ancrée dans la conversation; ici, et maintenant, je remaille, je rattrape au vol et file ailleurs à grandes enjambées]. J'avais alors été frappée du contraste entre le mol amuissement de la lumière au début de la soirée, qui allonge loin les ombres jusqu'à leur point de quasi-dissolution, et la brillance aigüe, métallique, que prend le soleil, même près de disparaître à l’horizon, lorsque le ciel bleuit soudain après avoir été épuré par la bourrasque d’engorgements plombés non encore dissipés,mais assez proches pour créer dans les hauteurs d’énigmatiques réfractions dont les jeux cachés se répercutent de tous côtés, faisant saillir çà et là des reliefs inédits. Des mots avaient alors jailli que je couche là car je ne puis m'empêcher de les tenir pour une trace à conserver et, avec elle, le fil de pensées qui s'est alors dévidé...

L’heure est douce où les ombres flanchent, tandis que la lumière fléchit et s’incurve vers la nuit. Douce et longue comme l’haleine d’une brise – ou l’effleurement d’une fourrure de chat venant se frotter à la peau nue du bras abandonné au bord du sofa quand la vigilance elle aussi s’estompe et se mue en demi-sommeil.
Subtils entre-deux, tout flotte – et la conscience se dilate jusqu’à prendre les dimensions du cosmos dont le propre est justement de n’avoir pas de dimensions sinon celles, étriquées, que lui assignent les syllabes où prétend l’enfermer le logos.


Logos pis-aller, qui toujours échouera à dire puisque, pour «dire juste» – non pas même un instant dans sa globalité, l’éphémère infinitésimalité de chacun ayant l’indicible infinité de l’univers, mais à peine une fraction d’instant, en l’espèce une sensation, un sentiment, une idée, une «chose»… – il faudrait ne recourir à aucun signe puisqu’un signe cerne, ceint, et donc limite mais alors sans signe il n’y a rien – aporie indépassable.
À me questionner ainsi sur les rapports du logos et des choses, du dit et du «à dire», je ne «dis» plus, ni en écriture ni en photographie – puisque ce sont là les deux modes par lesquels j’ai choisi de tenter de «dire» – je ne «fais» plus… Et le questionnement de participer d’une stratégie d’évitement consciencieusement élaborée à coups de justifications diverses, au lieu d’être point d’appui sur quoi me tenir pour se sortir de l’ensablement.

Cependant ils sont qui dansent, virevoltent comme des insectes rendus fous la nuit par une lueur brusquement allumée: des mots, des bouts de phrase voire de longs paragraphes aux belles articulations logiques engendrés par une pensée en alerte mais auxquels il manque ce je-ne-sais-quoi qu’exigerait leur fixation écrite et sans quoi ils s’affaissent minables dès que je commence à les saisir – d’où leur suppression immédiate (touche del. enfoncée, feuille de papier froissée et jetée à la corbeille). Pfuittt… évanouis, mais pensés si fort que souvent, quand à nouveau ils me reviennent en tête, je me demande s’ils ont été songés seulement, ou bien griffonnés puis jetés, peut-être quasi achevés voire dûment écrits quelque part (mais où?).

J’ai pourtant l’écriture modeste, et ne vise que celle avec complément – écrire «des articles», «des chroniques», parfois «de petites errances» ou «des apartés», «des brèves d’un jour» qui font de petits pas de côté mais rien qui éloigne trop de la banale textualisation, laquelle est à la portée de quiconque maîtrise convenablement sa langue d’expression, ce qui, je crois, est mon cas. Quant à l’écriture absolue, celle qui ne souffre aucun complément et tient tout entière dans le procès exprimé par le verbe «écrire», elle est l’apanage des seuls écrivains, ceux-là qui par la grâce de leur talent savent faire d’un tissu de signes une pièce de littérature – qui est autre chose que «du texte»…

Le questionnement, toujours. Qui maintient au seuil du faire. Une attitude que je partage avec Marie-Annick d'ailleurs: «Je suis davantage dans la réflexion que dans l’action», me dit-elle tandis que, la soirée avançant, nous quittions le salon de thé. Une phrase que je pourrais, sans rien y changer, reprendre à mon compte bien que ses interrogations, et les actes qu’elle retient, soient différents des miens, la problématique de fond demeure.


Le «passage à l’acte» – prendre une photo, écrire un texte, dessiner, peindre… – doit receler bien des périls pour qu’à ce point nous nous cantonnions au seuil, et refusions d’aller jusqu’à la concrétisation d’une intention, d’une projection imaginaire quelle qu’elle soit. Je ne crois pas que ce soit la seule crainte d’échouer qui retienne à l’aube même de ses prémices le geste opératif – je veux dire la peur d’obtenir par son faire quelque chose qui soit si éloigné de l’objet imaginé qu’il nous renvoie une image de nous marquée si profondément au sceau de l’impuissance qu’elle soit vécue comme une insupportable dévalorisation. Si insupportable qu’il faille à tout prix éviter de la ressentir. Non, je pense qu’il y a, tapi dans la ténèbre de l’insu et de l’inconnaissable, autre chose de pire que cette dévalorisation encourue. Écrire tout cela ne permet certes pas d’identifier ce «pire» – car, bien que passant pour cette fois «à l’acte», je n’en cerne pas mieux celui-ci, monstre sans forme et sans nom qui lui fût propre dont je n’éprouve que l’insistante présence ‒ mais, écrivant, je donne matière à la question, je la pose hors de moi, j’en fais un objet tangible qui ampute un peu de sa folle substance limbique ce chaos pensé qui enfle et désenfle selon les instants, respire/expire – se meut comme ces matières en travail perpétuel sous la croûte terrestre, nous signalant leurs sautes d’humeur sans qu’on les voie à l’œuvre… Poser ainsi hors de moi, sous forme de texte, ou de photo, quelque chose de moi ne relève pas du souci narcissique; cette dépose est une adresse à autrui, un objet tendu dont il peut s'emparer et relier à sa propre expérience. C'est un fil qui se tisse, un de ces fils par lesquels je tiens au monde, par lequel je puis me sentir vivante.

Un fil vital donc. Alors le péril doit être là en cas de ratage: se sentir mourir. Un peu, beaucoup... Mais ne meurt-on pas autant à ne jamais franchir aucun seuil?

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  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
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