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10 janvier 2015 6 10 /01 /janvier /2015 09:59

Partout, depuis mercredi, sur la Toile, dans les rues, à la une des journaux, sur les grand-places où les gens spontanément se rassemblent, partout de par le monde se lève cette bannière: en grandes capitales blanches sur fond noir: JE SUIS CHARLIE. Et en fin de journée j'ai vu pleuvoir au "20 heures" de France 2 une averse de dessins eux aussi envoyés de partout, percutants, justes, mais sans haine ni méchanceté malgré l'acte horrible qui les a suscités, comme l'étaient ceux que créaient les assassinés de Charlie Hebdo. Caustiques toujours, jamais méchants même si, parfois, on pouvait trouver qu'ils tapaient un peu fort sur ce qu'ils voulaient dénoncer. Un peu fort, mais pas vraiment à tort, il fallait bien le reconnaître dès lors qu'on se donnait la peine de réfléchir: sous la charge de la caricature ‒ c'est la loi du genre que de grossir le trait ‒ toujours la subtilité était à l’œuvre, une finesse qui au-delà du dessin, ou du texte-slogan qui claque et fait rire, obligeait à penser, à scruter le fond des choses. Longtemps j'ai été une fidèle lectrice de Charlie quand, phénix, il est re-né en 1992. Je l'achetais dès le matin et commençais de le lire dans le métro, souvent je l'achevais en marchant dans la rue et je riais, d'un rire tripal, sincère, libérateur... Ce que j'aimais dans Charlie? Lire ce que des gens de talent savaient faire à partir de faits et d'événements qui, moi, me mettaient simplement en colère sans que je sache aller au-delà de la petite indignation mesquine, sans cesse remâchée jusqu'à l'aigreur, et stérile puisque je n'esquissais pas le moindre geste utile d'engagement protestataire. Non seulement ils réagissaient et s'indignaient avec une acuité, une pertinence sidérantes mais en plus, ils transcendaient tout cela par l'HUMOUR. Et parvenaient à lever le poing sans haine. Quel tour de force, et cela me faisait jubiler.

Mais depuis bien des années je ne suivais plus vraiment Charlie. Tout au plus m'attardais-je à parcourir les "unes" en passant devant les kiosques, parfois je lisais, par-dessus le bras d'un voisin de voyage, dans le métro, le numéro qu'il avait entre les mains. Autant dire que je n'étais pas là et que je ne comptais pas parmi ceux qui permettaient à Charlie Hebdo de vivre par un acte vrai ‒ l'achat régulier, ou l'abonnement. Pourtant, je m'autorise à écrire que ce journal et ceux qui signaient articles et dessins faisaient partie de mon univers, de mes références. Je me souviendrai longtemps, je crois, de cette sensation bizarre qui m'a glacée mercredi quand je lus, dans les fils d'infos m'arrivant comme chaque jour par courriel, que "Charb, Wolinski, Cabu, Tignous et Honoré" comptaient parmi les douze morts de l'attentat. Un vide, une incrédulité... Comment cela pouvait-il être vrai? Eux qui se vouaient à faire rire de tout et même du pire sans jamais verser dans l'ignominie, et qui probablement devaient encore rire à la fin de leur réunion de rédaction en songeant aux piques qu'ils allaient planter dans leur premier journal de l'année... Mais il fallut bien se rendre à l'évidence: ces assassinats avaient bel et bien été perpétrés.

Moi je ne sais pas être juste avec ça, avec ce que j'éprouve, avec ce que cet attentat représente, implique... Pourtant quelque chose au fond de moi me pousse à épingler à mon tour la fameuse bannière non pas pour rejoindre le courant général mais parce que quelque chose dans mon cœur m'y pousse. Et pour conclure je voudrais saluer l'édito que Julien Védrenne a publié sur k-libre. Vibrant d'émotion, d'une grande tenue d'écriture malgré cela... Il y aura un après-7 janvier, écrit-il. C'est une évidence: le dessin satirique survivra, les dessins que l'on a envoyés le soir même de l'attentat le prouvent, et puis il a déjà survécu à d'autres horreurs historiques, mais il portera, pour longtemps, un brassard noir; et sa résonance a pris, définitivement, un degré supplémentaire de sombre profondeur. On satirisera toujours, oui, mais plus comme avant, de cela je suis, moi aussi, certaine.

Brassard noir

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  • : Terres nykthes
  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
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  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui

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