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29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 11:00
Bribes impromptues

Sempiternellement en panne, comme saisie d'un trac, d'une paralysie intellectuelle qui me rend balbutiante, maladroite, tremblotante quand il s'agit d'écrire une chronique, donc un texte construit, architecturé, aux articulations souples et mû vers un propos final. Tout aussi bloquée lorsque n'est en jeu qu'une considération toute personnelle, dont le libellé pourrait s'autoriser quelques flottements que pourtant je refuse bec et ongles moins par souci de clarté pour autrui qui daignerait me lire que par quête d'adéquation la plus étroite possible entre ce qui se meut intérieurement et son expression textuelle - le rapport le plus juste que je puisse imaginer entre le mot et la "chose"... Comme il y aura toujours et quoi que l'on tente, selon moi, un irréductible interstice entre le ressenti, le pensé, et la forme qu'on tâchera de lui donner (écriture, dessin, composition musicale, sculpture, etc.) jamais ne saurait être éprouvée la moindre satisfaction pleine et entière.

Écrivant cela, je réalise que je viens peut-être de formuler un semblant de réponse à ce qui a d'abord motivé mon écriture et que je ne transcris qu'ici:
Quel vertige au seuil de l’écriture me retient d’écrire? quelle peur strangulatoire empêche le mot de venir, la phrase de se délier et le texte de se construire? Quel danger y a-t-il à tisser le texte? Quelle souffrance m’imaginè-je être en passe d’endurer à ne pas "écrire juste", qui soit si douloureuse que sa seule perspective cause ce vertige empêchant?

Ce "vertige" est, semble-t-il, la conscience aiguë de l'irréductibilité de cet "interstice". Mais son acuité même est sujette à variations, d'où ces moments où l'écriture, la photographie, le dessin... sont possibles.

De quelques sérendipités...

J’ai appris tout à l’heure que pleurs pouvait être féminin lorsque le mot était au pluriel. Et, jeudi 27 novembre, au détour d’un documentaire radiophonique consacré à la typographie ("Sur les docks", France Culture, 17 heures), qu’un "traînard" était un pinceau spécial qu’utilisaient souvent les peintres en lettres. Immédiatement j’ai éprouvé le besoin de noter ces informations – comme chaque fois que je découvre une tournure inhabituelle, un mot rare ou de jargon, une étymologie surprenante… bref, tout ce qui au premier regard passe pour une incongruité, voire une faute et qui, à l’analyse, se révèle simple désuétude, ou figure de style très peu usitée au point d’être oubliée comme telle, ou encore acrobatie relevant de la licence poétique. On pourrait penser qu’il s’agit d’une banale pulsion professionnelle – étant lectrice-correctrice je serais tout naturellement encline à emmagasiner toutes les informations susceptibles de m’éviter des corrections erronées ou juste mal venues imputables à mes ignorances. Et sans doute y a-t-il en effet dans ces saisies quelque motivation de cet ordre. Mais aussi autre chose de moins définissable. Chacune de ces découvertes m’égaie, me rend joyeuse – d’une joie particulière propre aux sérendipités et que n’ont pas les choses apprises par l’étude, les trouvailles amenées par des recherches délibérées, une joie à la saveur si délectable que je préfère me tenir aux aguets de ces sérendipités plutôt que d’étudier, bien qu’étudier me soit toujours agréable et, plus encore mais l’un ne va pas sans l’autre je crois, sentir que cela a déposé en moi un acquis, un savoir durablement possédé dont je pourrai disposer à ma guise ‒ comme si elle était un trésor, l’élément précieux entre tous grâce auquel allait continuer de s’étendre un ensemble de "provisions" destiné à croître indéfiniment et dans lequel puiser tout aussi indéfiniment allait être à son tour source de joie. Comme si je ne devais jamais mourir ni même dépérir et me défaire – n’avoir plus rien à faire de tous ces trésors. Mais au contraire avoir toujours besoin d’eux, et que ce besoin dût grandir toujours au fil du temps au lieu de s’amenuiser jusqu’à disparaître avant que moi-même meure tout entière…

Au fait...

Je passe paraît-il pour une lectrice-correctrice avisée, et vigilante – pour autant que l’on puisse l’être étant entendu que je ne suis pas plus que quiconque infaillible et que personne ne peut l’être stricto sensu. Mais… si j'avais moins d'inclination pour glaner et suivre de rebonds en rebonds les informations les plus ténues, ce qui doit beaucoup, sans doute, à ma propension à m’interroger sans cesse ‒ même parfois sur des certitudes que je croyais ancrées et qui, souvent, ainsi questionnées, se trouvent défaites ‒ et à hésiter longtemps avant de prendre une décision – d’explorer pour ce faire autant de pistes que je le peux et que le temps m’en laisse le loisir –, travaillerais-je de telle sorte, à tout petits pas précautionneux et généralement deux en avant pour trois en arrière voire davantage, qu’au fil des missions pareille réputation ait fini par m’être faite?

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  • : Terres nykthes
  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
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  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui

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