Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 02:33
Village d'automne aux Invalides

Du 16 au 19 octobre, dans un coin de la vaste esplanade des Invalides où s’installe depuis dix ans le Village d’automne du 7e en fête, l’art contemporain et la céramique étaient à l’honneur – une succession de stands façon cabanons de bois sont là sous les arbres encore fort verts, de tailles diverses, chacun attribué à un artiste venu montrer son travail. Des céramistes essentiellement mais aussi quelques peintres et sculpteurs, un parc d’attractions gonflables pour les enfants, un espace restauration: il y a en effet quelque chose d’assez villageois et qui incite à s’attarder, à prendre le temps de contempler les œuvres et de bavarder avec leurs auteurs, surtout par un temps aussi estival que celui de ce 19 octobre même si, en fin d’après-midi, le ciel bleu pur se laisse peu à peu manger par de petits nuages moutonnant à pas pressés et achevant de voiler la lumière que déjà atténuaient les frondaisons. De larges masses grises aux profondeurs plombées obscurcissent l’horizon – la pluie, peut-être avant ce soir? – mais non: j’écris ces lignes à la tombée du jour et le bleu a repris le dessus (enfin, un bleu en voie d’extinction: le crépuscule est en train de moucher les ultimes lueurs du couchant).
Parmi ces stands l’un des plus grands; a été concédé à l’Atelier Grenelle* et à ses six professeurs-artistes qui peuvent ainsi exposer quelques-unes de leurs créations et, en même temps, présenter aux passants leur atelier, les activités, cours et stages, qu’ils proposent. Ce de manière très concrète puisque, jouxtant leur stand, un autre d’aussi grande taille a été aménagé pour que les visiteurs puissent s’essayer à la peinture – de grandes feuilles de papier ont été fixées sur les parois où chacun, quel que soit son âge, peut laisser aller le pinceau en toute liberté, en toute spontanéité. Ce sont, à l’évidence, les enfants qui sont les premiers attendus mais, quand bien même on aurait passé l’âge de dix ans de longue date, rien n’empêche de risquer le coup de pinceau dès lors que le cœur y incline… Juste devant de longues tables, des bancs – et des pains de terre: incitation au modelage! sans distinction d’âge, là non plus, mais force est de constater que les modeleurs sont essentiellement des enfants… Toucher la terre et la sentir ductile sous ses doigts, jouer du pinceau et de la couleur puis voir naître des lignes, des formes que peut-être on n’avait pas préméditées… rien de tel que le geste osé sans inhibition pour donner envie de prolonger l’expérience mais de manière moins enfrichée, sous la houlette d’un professeur.

En ce qui me concerne je suis restée, comme à mon habitude, en retrait, à distance de cette glaise dont pourtant j’ai la nostalgie depuis ces années de lycée où j’avais produit quelques vases, de ces pots de couleur et de ces pinceaux dont je me dis souvent qu’il n’est pas besoin de "savoir dessiner" pour s’amuser avec et ainsi répondre à une aspiration intérieure. J’allais là-bas pour voir Marie-Annick avec qui je n’avais échangé que de rapides courriels depuis l’exposition qu’elle avait organisée en septembre, rue Psichari, dans laquelle elle avait fait large place à mes photos. Pour témoigner de ses recherches personnelles, elle avait choisi d’exposer une sélection de portraits, des plus anciens aux plus récents – et l’évolution est foudroyante! aujourd’hui des traces, rupture avec cette illusion de volume que tente de ménager le dessin figuratif et imitatif par les jeux d'ombre, les nuances estompées censées figurer l'incidence de la lumière sur les reliefs du visage comme si ne restait de celui-ci qu'une essentialité, des signes infimes qui ne relèvent pas même de l'expression au sens strict puisque cela supposerait des traits, un modelé, et des formes liées justement absents, mais des signes aux rapports harmonieux qui fonctionnent comme des indices immédiatement reconnaissables – un œil réduit à sa pupille et à l’arrondi de la ligne des cils, l’arête d’un nez, la douce incurvation d’une pommette… – tandis qu’autour se meuvent des couleurs, des souffles de couleurs, des brises, des haleines... tout est ambiance, rien n’est défini et pourtant ces âmes de visage sont toutes bruissantes de "quelque chose qui se dit", plus éloquentes même, pour moi, que les portraits au crayon de ses débuts qu’elle avait apportés, d’une finesse d’exécution et d’une précision extrêmement réalistes mais, à bien y réfléchir, déjà un peu "fantômisés" – une inclinaison de la tête, la direction du regard…

Nos échanges furent brefs, mais denses comme toujours, gravitant autour de l’essence du travail artistique, de l’ "être-artiste", du rapport au monde et aux autres que l’on entretient quand on crée, cette idée commune que c’est une même nécessité vitale, profonde et peut-être tout aussi difficile à verbaliser qui pousse l’artiste à créer et l’amateur d’art à fréquenter les œuvres – qu'il ait les moyens de s'offrir des originaux ou doive se contenter de reproductions, à visiter les musées… Et puis cette direction qu'elle entrevoit pour résoudre une partie les questionnements qui la hantent: tâcher de retrouver par la recherche intérieure, le travail-sur-soi, certain "amour de la vie" que, dit-elle, on a tous en soi à la naissance et qui demeure tel un noyau pérenne, dont on a besoin d’être traversé de pied en cap pour être "bien au monde" mais avec lequel la plupart d’entre nous ont perdu tout contact, oubliant jusqu’à son existence, tant sont épaisses les alluvions qui l’ensevelissent au fil des années vécues, d’autant plus épaisses que seront nombreux les événements traumatiques. Jamais encore je n’avais entendu évoquer en ces termes un travail introspectif, et décrire ainsi ce qui chez d’autres doit avoir pour nom le "souffle vital", l’anima ou le pneuma… Une fois de plus, Marie-Annick m'aura soufflé à l'oreille une piste inattendue qui revivifie la pensée, la réflexion…


Et moi de clore mon dimanche en me disant que sans doute je devrais bien essayer de retrouver, moi aussi, cet "amour de la vie" et le laisser remonter lentement le long de ma colonne vertébrale – que l'on nomme parfois, ô hasard, "arbre de vie". Ainsi aérée de l'intérieur, depuis le plus intime de mes tréfonds, je parviendrai peut-être à éprouver en faisant la simple joie de faire, épurée de toute appréhension de n'être pas juste, d'être à des lieues d'une intention pressante – faire dans la joie puisque la "joie de faire" peut, en soi, être le but, et s'avérer totalement satisfaisante.

* Atelier Grenelle
7 rue Ernest Psichari
75007 PARIS
Tel:
01 47 53 97 54

Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : Terres nykthes
  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
  • Contact

Aux Manettes...

  • Yza
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui

Recherche

Articles Récents

  • Evanescences
    Revenir à la vie en "écrivant sur"... J'y crois, dur comme fer, dès que j'ouvre un livre. Très vite naissent, plus ou moins fragmentaires, des pensées que je verrai s'infirmer ou se confirmer au fil des pages en tout cas se compléter, s'affiner, se développer...
  • Où donc...
    ... ma façon de lire qui fait foisonner les idées, les mêle d'émotivité et d'intuitions plus ou moins floues puis qui parvient sans trop de peine à organiser tout cela en pensée articulée, toute prête à impulser un geste scriptural suffisamment sûr pour...
  • Retour aux chroniques...
    Enfin... timide retour: le vrai, celui qui signifie des publications assez régulières et consacrées à des livres, des spectacles ou des expositions, s'est amorcé il y aura bientôt un an sur k-libre . Il s'est interrompu depuis plus d'un mois, les ouvrages...
  • Emergence
    Depuis janvier à nouveau le désert, l'immense désert de silence au bord de nuits qui n'en finissent pas d'être ombres profondes, abîmes parcourus de tourmentes malgré ici ou là quelques trouées de lumière qui empêchent l'absolue déréliction de submerger...
  • Inactualité...
    Au printemps 2021, histoire de retrouver un peu d'oxygène mental grâce à l'écriture mais n'ayant plus aucune motivation pour me risquer aux «introspcopies», et pas davantage pour muser en «petites errances», je me suis dit que la meilleure voie était...

Pages