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14 septembre 2014 7 14 /09 /septembre /2014 03:14
Retour à Pornic

En juillet dernier – du 7 au 12 – Marie-Annick transportait à Pornic cet enseignement plastique qui lui est si particulier et qu’elle décline depuis une trentaine d’années sous diverses formules à Paris – en atelier, en extérieur dans les musées ou en des lieux non dévolus aux beaux-arts mais offrant d’intéressantes matières aux crayons et pinceaux alertes (restaurants, échoppes d’artisans…), croisant aussi, à l’occasion, les modes d’expressions artistiques (dessin et peinture à la rencontre de la danse, de la musique…). Pendant une brève semaine il s'agissait, pour les stagiaires, de considérer "le réel comme support de création". Une proposition programmatique dont on pourrait dire qu'elle est l'assise de tous les cours de Marie-Annick, et aussi de sa recherche personnelle, d'où elle fait procéder des incitations plus spécifiques (mise en espace sur le papier des jeux observés "en situation" entre vides et pleins, lignes et courbes, transcription sur le plan de la feuille des rapports de volumes... les souvenirs de sujets me reviennent dans le désordre); une proposition qui peut prendre appui n'importe où, au-dehors comme à l'intérieur, au bord de la mer comme en milieu urbain, vague donc a priori et très générale mais en fait extrêmement précise quant à l'essence du travail à engager: il s'agit de saisir le réel non pas pour l'imiter, le copier mais pour, à partir de lui, laisser l'imagination s'envoler et le geste créateur se déployer. Une directive peut-être plus difficile à suivre à Pornic qu'en des lieux plus ordinaires, les particularités de l'endroit ayant assez de charme pour donner davantage envie de les retenir sur papier au plus près d'eux-mêmes que de s'en emparer pour les subvertir entre le marteau et l'enclume de la créativité... La difficulté étant alors, ici, de s'affranchir d'une beauté déjà-là pour tâcher d'en générer une nouvelle qui lui serait à la fois autre et consubstantielle comme un portrait peint peut l'être au visage du modèle.

Épargnées par les pluviosités estivales, les sept stagiaires – chacune avec un "passé de dessin" différent, plus ou moins dense – et leur professeur ont pu aller travailler en extérieur et croquer à leur guise plages et mouettes, bateaux amarrés et coquillages… sortir leurs boîtes de couleurs et leurs crayons, prendre le temps de réfléchir, de choisir, d’oser… Des carnets bien remplis ont été ramenés gardant au creux de leurs feuillets tous ces petits bouts de réel grappillés à la pointe du crayon en quelques lignes hâtives ou bien soigneusement reproduits et colorés, parfois directement interprétés sur place… Dans cette abondante matière – dont on aura idée en consultant le "journal de stage" richement illustré de photographies que Marie-Annick a mis en ligne ici – chaque élève a ensuite, par-delà le temps du stage, sélectionné des motifs – "motif" au sens large: parfois un effet visuel, comme la répétition de certaines lignes, ou bien un jeu de formes particulier – qu’elle a développés au gré de ses impulsions créatrices, à distance de la réalité qui a nourri le croquis et laissant voie ouverte aux inflexions qu’imposent les souvenirs, les bribes d’histoire personnelle, guidée en outre par les modalités d’exécution dictée par la technique choisie. Vient, au terme de ce retour sur images et sensations, l’œuvre d'atelier.


Jusqu’au 17 septembre, une sélection de ces travaux est exposée à l’Atelier Grenelle* – carnets de croquis et reprises postérieures voisinent, mettant ainsi en évidence le processus de transformation qui a opéré entre la saisie sur le vif et la réinterprétation ultérieure, à distance. À noter que Marie-Annick ne s’est pas contentée de disposer les diverses réalisations de manière pédagogique, à seule fin de donner à voir à travers ses fruits une approche, une méthode d’incitation à la création: elle a réalisé une véritable installation qui a elle-même son propre intérêt plastique – ce qui m’a le plus séduite est la table sur laquelle elle a disposé des carnets sur champ, ouverts et dont les pages sont maintenues par des pinces, entre lesquels elle a placé de petites sculptures réalisées par des élèves d’un autre cours et n’ayant aucun rapport avec Pornic mais dont la présence résonne avec ce que montrent les pages des carnets, les dessins et aquarelles accrochés aux murs, et contribue ainsi à composer un véritable paysage.
À titre amical, Marie-Annick m’a proposé d’accueillir quelques-unes de mes photos bien que je n’aie pas suivi le stage – des photos qui donc n’en portent pas témoignage, n’ont pas même d’échos marins, et sont simplement thématisées "nature". Mais toutes lui doivent quelque chose: quand je photographie, il y a toujours une part de ce que j’ai pu apprendre auprès de Marie-Annick qui se manifeste.

Outre que visiter cette exposition met un peu de sable et d’embruns au moral, c'est aussi l’occasion de découvrir le programme d’activités qu’a concocté Marie-Annick pour l’année 2014/2015. Hors les murs perdurent les séances au Louvre du mercredi soir et au Jardin des Plantes le lundi, ainsi que les "journées pour le dessin et la peinture" une fois par mois – la première étant fixée en octobre. Elle y a ajouté de nouvelles propositions, le jeudi, dont la planification dépendra du nombre d’inscrits. Tous les détails sont là, sur cette page de son blog.

*Atelier Grenelle
7 rue Ernest Psichari
75007 PARIS
Jusqu'au mercredi 17 septembre, ouverte de 15 h
eures à 19 heures.

Brochés, ou spiralés, les carnets ouverts sur champ font entre eux d'intéressants jeux de formes et de couleurs. Le bel arbre rouge esquissé ici est développé sur une aquarelle de plus grand format, accrochée juste au-dessus (que la photo n'a pu embrasser...).

Brochés, ou spiralés, les carnets ouverts sur champ font entre eux d'intéressants jeux de formes et de couleurs. Le bel arbre rouge esquissé ici est développé sur une aquarelle de plus grand format, accrochée juste au-dessus (que la photo n'a pu embrasser...).

Ainsi placée devant des croquis de végétation marine, cette petite figurine de terre sans bras et dont la rugosité contraste avec la rotondité lisse des galets émaillés a de petits airs de vestige archéologique abandonné par la marée descendante...

Ainsi placée devant des croquis de végétation marine, cette petite figurine de terre sans bras et dont la rugosité contraste avec la rotondité lisse des galets émaillés a de petits airs de vestige archéologique abandonné par la marée descendante...

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  • : Terres nykthes
  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
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  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui

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