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6 août 2014 3 06 /08 /août /2014 14:10
Égratignures

En marge du festival de Sarlat, et des trésors ramenés de Plamon, de petits bouts de réel glanés çà et là, dont quelque chose m'a paru devoir subsister et que j'ai tâché d'enserrer en deux-trois mots. Rien d'essentiel, je le sais – l'essence des instants toujours échappe, tenant dans leur éphémérité même. Des mots, juste des mots ‒ tout ce que j'ai à portée de main pour arracher à la dissolution des rognures de sentiment, des restes d'images...

Dimanche 27 juillet.
À 8 heures le soleil n’est pas encore haut dans le ciel et la lumière allonge loin les ombres; sur le bord de la route des Pechs que je parcours chaque matin à petites foulées, une villa a son jardin fermé par un portail de fer forgé blanc à double battant. Chacun d’eux figure un demi-soleil surmonté de longs rayons où sont pris comme en un filet trois oiseaux en vol. Un rai de lumière, au moment où je passe, effleure de biais le portail. Passe entre le demi-soleil de métal et l’aile d’un des oiseaux arrêtés qu’il semble soulever. L’effet est saisissant – un instant à peine, photogénique à souhait et que je ne puis saisir. Une photo de plus que je ne ferai pas, me dis-je…

Mercredi 30 juillet.
En traversant les jardins de Sainte-Claire pour gagner mon siège, j’aperçois assis sur un mur un chat noir et blanc, le poil mal léché – une tête de mâle bagarreur. Depuis trois jours, mes parents n’ont plus vu Moona, leur chatte noir et blanc elle aussi, une sœur de feu ma Nyssiah. Ce matou sera-t-il de bon augure?

Jeudi 31 juillet.
* En fin d’après-midi, cadeau: sortie sans rien autre en poche qu’un porte-monnaie dégarni et la clé de l’appartement que j’occupe, ne songeant pas que j’allais acheter quoi que ce fût, me voilà devant un bel étal de légumes "issus de l’agriculture biologique". De vigoureux brocolis me tentent, et aussi ces formidables choux-fleurs violets que je vois pour la première fois… ma surprise me fait oublier que je n’ai pas d’argent sur moi: je finis par choisir un brocoli, je le tends au vendeur qui le pèse et m’annonce "ça fera 2,50 €". J’ouvre ma pochette… sans trouver mon portefeuille! je n’ai que mon porte-monnaie dégarni. Confuse je rends mon brocoli, emballé comme un bouquet de fleurs m’avait dit le vendeur en l’enveloppant d’une feuille de papier kraft – "Mais non, gardez-le! vous me paierez plus tard… on est là jusqu’à 20 heures! Sans me connaître, sans savoir que je logeais à deux pas et qu’en moins de cinq minutes je pouvais en effet régler ma dette il m’accordait spontanément sa confiance… Un geste qui ouvre le cœur. Comme quoi "produire bio" est d’abord une vraie façon de sourire et de tendre la main, qui va au-delà du soin que l’on donne à la terre et à ses fruits.

* Le soir, l’heureuse nouvelle tombe: Moona est de retour.

Vendredi 1er août.
Aperçue depuis le trottoir, derrière une grille toute rouillée dans un jardin en friches, une cruche de terre à l’émail mort tombant par larges écailles. Y meurent tiges pendantes des fleurs dépéries. Une de ces "défaites polymorphes" que je me plais tant à photographier. Une de plus que ne saisira pas mon appareil que je n’ai pas avec moi. Je n’ai cependant pas de regret: je n’aurais de toute façon pas pu m’approcher assez pour cadrer à ma guise.

Samedi 2 août.
"Tu peux imaginer mille choses, c’est toujours autre chose qui arrive" ‒ cette phrase… enfin, approximativement cette phrase car il y a trop longtemps que j’ai lu le roman de Pascal Garnier Lune captive dans un œil mort pour m’en souvenir à la lettre – s’est, une fois de plus, vérifiée. J’avais prévu de laisser mes épreuves de côté aujourd’hui et de ne me consacrer qu’à l’écriture et à la mise en ligne d’au moins une chronique festivalière – peut-être deux? car j’avais deux brouillons assez avancés pour pouvoir être finalisés sans douleur excessive. Mais la journée a bifurqué… À la fin de la rencontre plamonaise j’ai prolongé une conversation avec ma voisine, une fidèle du festival depuis une quinzaine d’années. De mots en mots la conversation s’est poursuivie pendant près de… trois heures! Du festival, et de théâtre, il fut au fond peu question… Pour moi cela a viré à la catharsis quasi analytique; je me suis livrée… elle m’écoutait, me répondait, et moi je m’engouffrais ne prenant garde qu’après coup que je n’avais pas eu en retour cette qualité d’écoute, d’empathie. Un échange à sens unique, en fait, qui a mis en branle des ressorts auxquels, depuis trente ans – mais peut-être, en réalité, depuis… toujours – je m’efforce de ne surtout pas toucher. Alors? Vais-je rester autruche et la tête dans le sable ou bien quelque chose de fondamental, de libérateur, va-t-il commencer de travailler en souterrain?
En tout cas, cela m’a tenue largement éveillée, et au lieu de sommeiller le soir venu, j’ai bouclé une chronique.


Dimanche 3 août.
Ce matin sur les hauts de la rue Frédéric Mistral, à travers une brèche dans une haie une biche a, le temps de trois bonds, fulguré dans mon champ de vision. À peine le temps de la voir et elle avait disparu, laissant vide la petite parenthèse de pré découvert entre deux bosquets. Tout autour, des villas, cernées de leur jardin – désormais je ne serai plus si sceptique lorsque j’entendrai parler d’animaux réputés sauvages évoluant au cœur des habitats humains…


Lundi 4 août.
La lanterne de rue
Est encore allumée au grand matin.
Au-dessus de la barrique devenue jardinière, l’ampoule ronde et dorée de lumière
Comme un fruit mur sur le point de choir.

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commentaires

Marie-Annick 06/08/2014 20:12

J'aime beaucoup ces égratignures. Bises

Yza 07/08/2014 15:17

Merci... A seulement songer que ton œil passe régulièrement par là, je me sens encouragée...Bises...

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  • : Terres nykthes
  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
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  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui

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