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27 juin 2014 5 27 /06 /juin /2014 10:09
Des livres, des beaux jours... et du regard baladeur.

L'avènement du mois de juin a sonné le temps, pour la librairie Delamain*, de sortir à l'extérieur du magasin, mangeant à cet effet une petite langue de trottoir, les "bacs-des-beaux-jours" ‒ des caissons de bois montés comme des tables où quantité de livres sont offerts à la consultation des passants, faisant extension à la boutique où les étagères remplies grimpent jusqu'au plafond tandis que des meubles plus courtauds, disposés de telle manière que l'on puisse aisément circuler autour, et sans hâte, mettent à portée de main leur contenu, essentiellement les nouveautés et des assemblages thématiques liés à quelque actualité, par exemple en ce moment la commémoration du début de la Première Guerre mondiale et le centième anniversaire de Marguerite Duras. Dehors, les livres sont de toutes sortes et de tous formats, neufs et récents qui prolongent les étals intérieurs, d'autres plus anciens puisés dans le fonds de la libraire et bien sûr des ouvrages bradés au prix crayonné en couverture, de première ou de seconde main, légèrement défraîchis, un peu gris de ces altérations dues au temps et aux manipulations répétées. Abondants tous, mais non pas mélangés: au contraire, rangés avec soin, chaque catégorie a sa place assignée. Quant aux livres anciens plus "bibliophiliques" (éditions originales, tirages de tête, volumes dédicacés...) qui ne sont pas présentés en vitrine ils restent, eux, bien à l'abri dans leur rayonnage réservé, à l'intérieur de la librairie...


Je passe devant chaque fois que le travail m'appelle dans le quartier ‒ mais lorsque je suis vraiment trop en retard, je prends garde de gagner directement la place Colette avant que d'arriver à proximité afin de ne pas être tentée, en longeant sa vitrine, de m'attarder à la regarder, ce qui est pour moi une sorte de geste-réflexe auquel je succombe invariablement. Quand, en revanche, aucun impératif ne me bride, je m’arrête, muse et rêvasse, le regard baladeur, à l'affût de quelque titre qui pourrait m'intéresser. Oh certes je ne suis point en manque de "livres-à-lire": mes étagères regorgent de volumes encore inlus, certains achetés d'autres offerts, gardés là sans doute comme garants d'un temps en suspens que ne saurait atteindre la finitude, en vertu d'une croyance irrationnelle en un "plus tard" toujours envisageable... Une attitude purement pragmatique dont je ne dévierais pas m'imposerait de passer mon chemin tant que je n'ai pas épuisé ma réserve de lectures. Mais voilà: outre que ces livres non lus, que je garde là près de moi, ont, je m'en rends compte en écrivant ces lignes, un statut quasi magique ‒ des grigris auxquels j’attribuerais la vertu de tenir éloignée la mort tant que je ne les lis pas ‒ il y a chez moi une inclination à la farfouille et, surtout, une appétence immodérée pour cette émotion unique éprouvée lorsque je trouve une perle au milieu d'insignifiances écartées l'une après l'autre... J'aime non pas fouiller pour fouiller mais pour dénicher, extirper, être gagnée par le sentiment que je viens de mettre la main sur quelque chose de rare, d'exceptionnel. Bien sûr l'exceptionnalité n'est pas toujours de même intensité mais enfin, tirer des ces "bacs-des-beaux-jours" un ouvrage quelconque, n'eût-il rien d'exceptionnel parce que aisément trouvable ailleurs et non encore épuisé, a pour moi un charme tel que je m'empare souvent de livres que je ne cherchais pas spécialement, qui ne répondent à aucune curiosité particulière ‒ qui ont juste eu pour eux de revêtir, au moment où je les saisissais, un attrait qui m'a attachée à eux.

Ces derniers jours par deux fois ces bacs m'ont aimantée et, tandis que je cherchais des ouvrages liés à de toutes récentes incitations à lire (par exemple des œuvres de Péguy, de Julien Gracq...) j'y glanais deux volumes de Thomas De Quincey, un autre de Champfleury ‒ pour ceux-là je sais ce qui a opéré: l'appel irrésistible de l'objet-livre, car ce sont trois volumes publiés dans la magnifique collection "Le Promeneur", mêlé à quelque relent de nostalgie pour de lointaines années où je découvrais De Quincey grâce à Baudelaire, et d'autres plus proches où Champfleury surgissait dans le sillage d'un projet de thèse resté sans suite ‒ et un "Folio" autrement plus banal, Bartleby, de Melville, vers lequel m'a portée une lecture déjà ancienne ‒ celle de Maurice Ronet, les vies du Feu follet, de Jean-Pierre Montal (éditions Pierre-Guillaume de Roux, 2013).
Des textes courts, dont l'un est déjà lu, qui n'auront donc pas vocation à me servir d'improbables grigris...

* Librairie Delamain

155, rue Saint Honoré
75001 Paris
Tel.: 01 42 61 48 78
Du lundi au samedi de 10 heures
à 20 heures

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  • : Terres nykthes
  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
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  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui

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