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1 janvier 2014 3 01 /01 /janvier /2014 13:57
Gourdon (Lot), mardi 31 décembre 2013

A l'aube, sous le soleil rasant, la campagne toute poudrée de givre, comme l'âtre de cendres le soir venu, a couronné de blanc le dernier jour de l'année.

Ce sacre éphémère qu'ici l'on dira nuptial serait, sous d'autre cieux, baptisé funèbre – là où l'on se vêt de blanc pour porter le deuil.

Le ciel bleu cru, plus tard, et les ombres dures

Et le vent fort levé – coupant

Le 31 décembre m'aura rappelé l'acuité adamantine de l'implacable irréversibilité du temps filant.

Plus tard encore l'ouate des nues gris-rose abîme le soir dans la douceur. Comme un sommeil approchant à pas menus.

Assourdis les cliquetis de cristal et de porcelaine fine dans les salles à manger, les rires et les conversations... éteints les éclats de lumière...

Cette douceur du soir, c'est l'ombre tendre de la torpeur ultime.

Gourdon (Lot) mercredi 1er janvier 2014. 7 heures du matin.

Alors que, dans bien des foyers, la fin des festivités doit à peine avoir deux ou trois heures d'âge, je me hâte vers la gare – mon train sera à quai dans onze minutes. Je vais à pied. La nuit est encore tout obscure, parée des piquetis jaune-cuivre des réverbères, et l'air doux, calme – il bruine un peu. Pas un bruit, pas une rumeur... Les lieux sont déserts, et les guichets fermés, exceptionnellement – personne avant 8h45.

Dans ce pur dénuement mis au silence par l'absence de toute activité humaine, et par l'hiver aussi qui prive les matins minuscules des mille bruissements dont l'été emplit la nature jusqu'au plus profond de la nuit, quelque chose se dit que je n'identifie pas – quelque chose sur quoi je ne sais pas mettre de mots et que je tâche de capter par l'image. Je sors de ma poche le petit compact numérique qui, depuis quatre ans, me suit partout ou presque, et je prends les deux premières photos de l'année. Le résultat me plaît, mais je ne suis pas dupe: je suis bien consciente de ce que les pixels, même fidèles aux chromatismes ambiants, ne peuvent pas fixer ce "quelque chose" parce que précisément il n'est pas d'ordre visuel – mais, prêtant à l'image autant qu'aux phrases la faculté d'en transmettre la trace, je m'obstine à photographier, et à écrire des bribes comme celles-ci... Ce "quelque chose", c'était peut-être le passage de l'idée vague et obsédante que j'étais plongée là dans des circonstances idéales où voir s'entrouvrir les portes de l'indicible, invisible, informulé... bref: de ce qui n'a pas de nom et dont seules quelques rares personnes sentent parfois, fulguramment, l'incursion dans tout leur être.

Une fois montée dans le wagon, je suis toujours sous l'emprise de l'idée vague et obsédante – le wagon est vide, le bruit du moteur un rien hypnotique. Les lignes de fuite dessinées par les rangées de sièges, l'allée centrale, les structures métalliques qui soutiennent les porte-bagages, les reflets qui se démultiplient à travers les vitres qui se font face, les formes courbes des luminaires qui répondent à celles des repose-têtes, des dossiers... Toutes ces géométries, ces ponctuations de lumière me parlent un langage confus. Peut-être en dégagerai-je quelques phrases par l'image? Alors de reprends mon Nikon Coolpix et, à nouveau, je déclenche, en proie à la même impulsion qui, voici quatre ans, pareillement au matin mais en été cette fois, m'avait conduite à sortir mon Coolpix dans un wagon Téoz et dont cet album. est né..

L'absolue vacuité

La nuit au-dehors

Lumière lactescente

Et le train qui va

Lancé toujours dans le sens du temps – celui de la vie qui passe

Une curieuse musique, secrète, sourd de ces surgissements de formes. Qu'en restera-t-il dans mes clichés numériques – et dans ces premiers balbutiements de l'année?

Eh bien, à l'épreuve du recul, et de la visualisation sur grand écran... je crois qu'il n'en reste presque rien si ses accents se mesurent à l'aune de la qualité visuelle! la plupart de mes clichés m'apparaissent plats, ou plutôt privés de parole - muets! Pourtant cette déperdition ne gâche pas vraiment le souvenir que je garde de ces déclenchements: subsistent le plaisir d'avoir fait ce geste spontané sans le retenir par peur du ratage, et l'empreinte tenace de la joie que j'avais à voir. Peut-être est-ce là tout ce qu'il fallait espérer de ces "prises de vue". La musique restera secrète...

Quai désert, nuit d'hiver... Deuxième prise de vue 2014. La première, pour plaisante qu'elle ait parue sur l'écran de mon appareil, s'est avérée floue (un flou involontaire, d'un effet affligeant),  mal cadrée une fois visualisé sur un écran plus grand, et finalement sans grande pertinence. Comme un mot d'abord séduisant dont on voit ensuite qu'il n'a pas sa place où on l'a mis et que l'on biffe, je l'escamote!

Quai désert, nuit d'hiver... Deuxième prise de vue 2014. La première, pour plaisante qu'elle ait parue sur l'écran de mon appareil, s'est avérée floue (un flou involontaire, d'un effet affligeant), mal cadrée une fois visualisé sur un écran plus grand, et finalement sans grande pertinence. Comme un mot d'abord séduisant dont on voit ensuite qu'il n'a pas sa place où on l'a mis et que l'on biffe, je l'escamote!

Lignes de fuite...

Lignes de fuite...

Lumière lactescente, courbes des luminaires...

Lumière lactescente, courbes des luminaires...

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  • : Terres nykthes
  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
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  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui

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